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L'histoire La rédac'

Le Japon de Tōjō : la dictature oubliée du Second Conflit Mondial.

Malgré sa participation au pacte anti-Komintern et surtout à l’axe Rome-Berlin-Tokyo, l’Empire du Japon est souvent oublié dans les récits européens de la seconde guerre mondiale. Pourtant, il n’est pas lui-même unanimement considéré comme totalitaire. Il y a en effet aujourd’hui une grande confusion, et un désaccord sur la véritable nature du gouvernement de l’empire Japonais de 1936 à 1945, et surtout sous la gouvernance du premier ministre Hideki Tōjō de 1941 à 1944. 

De la restauration Meiji à une démocratie sous le règne de l’empereur Taishō(1889-1920)

L’empire du Japon est mis sous l’autorité directe de l’empereur à partir de la Restauration Meiji en 1889. Une monarchie constitutionnelle est mise en place, bien que le suffrage soit masculin et censitaire, ce qui met le pays dans une situation d’oligarchie. Celle-ci est appuyée par des corporations, les Zaibatsu( ex : Mitsubishi). Cette situation évolue en 1912 à la mort de l’empereur Meiji, ouvrant l’ère Taishō (les périodes au japon sont découpées en ères, selon l’empereur alors au pouvoir->ex : empereur Shōwa : ère Shōwa.). Malgré une grande contestation de l’état-major militaire, qui maintiendra jusqu’en fin 1945 une énorme influence sur le pouvoir politique, une ère de renouveau culturel démocratique se met alors en place pour les 15 années suivantes.

Le système de gouvernance de L’empire Japonais

Le Japon devient alors, du moins en façade, un état démocratique, doté d’un système bicaméral, la Diète nationale (Kokkai). Elle est composée d’une chambre basse, la chambre des représentants (l’équivalent de l’Assemblée nationale) et d’une chambre haute, la chambre des pairs, calquée sur la chambre des lords britannique. Pourtant, les ministres étaient strictement nommés par l’empereur, et malgré une théorique nécessité de consensus politique avec les chambres pour leur nomination, ce processus n’était pas protégé. De plus l’armée avait droit de s’opposer à la nomination d’un membre du gouvernement, donnant à l’état-major un droit de veto. 

La montée de la violence politique et de la peur du communisme (1920-1940)

  Dès les années 20, une grande violence politique s’étend sur l’archipel, surtout de droite nationaliste mais aussi de gauche, qui fait perdre la confiance du peuple Japonais dans le système démocratique. Ce phénomène atteint son sommet lors de la tentative d’attentat sur Hirohito en 1923, alors prince héritier. Une peur de l’extrême gauche, et surtout du communisme s’installe, ce qui mène en 1928 au durcissement des lois anticommunistes de 1925, et à l’instauration de la peine de mort pour « crimes politiques contre l’empereur » (le communisme est assimilé à un crime de lèse-majesté).  Commence alors l’utilisation en masse de la Tōkkō et de la Kempeitai, deux polices politiques, l’une civile l’autre militaire, équivalentes à la Gestapo ou l’OVRA de l’Allemagne nazie et de l’Italie Fasciste. Il s’agit du premier véritable acte autoritaire, qui mène vers le durcissement progressif de l’empire japonais alors même qu’une loi étendant le suffrage est instaurée la même année.

 L’affaiblissement du pouvoir civil face à l’influence grandissante de l’armée (1930-1940)

Une alternance politique nait alors, entre les deux partis majeurs, qui va durer quatre ans. Durant cette période de nombreux évènements renforcent l’influence populaire de l’armée : l’invasion militaire de la Mandchourie en 1931, la création de l’état Fantoche du Mandchoukouo. La première rupture à lieu en 1932. Un attentat est mené par des officiers d’état-major de la marine Japonaise, qui font assassiner le premier ministre par des jeunes officiers. Malgré ces actes d’une grande violence antiparlementaire, l’attentat terroriste remporte un soutien populaire, et ses perpétrateurs ne sont condamnés qu’à des peines minimes. Il s’agit d’une des premières preuves d’affaiblissement de l’état de droit. 

Tōseiha et Kōdōha, deux visions conflictuelles nationalistes

Les chambres perdent de leur pouvoir, alors que de plus en plus d’amiraux et de généraux sont nommés au gouvernement. Deux tendances nationalistes sont alors en conflit : la Tōseiha, faction du contrôle, et la Kōdōha, faction de la voie impériale. Bien que les deux factions étaient extrémistes, ultranationalistes, et expansionnistes leurs objectifs et leurs méthodes différaient: la Tōseiha était plus modérée et cherchait à se maintenir au pouvoir semi démocratiquement, en mettant en place une économie de guerre grâce au soutien des Zaibatsu ;alors que la Kōdōha cherchait à faire une seconde restauration impériale, cette fois ci sous l’autorité l’empereur Shōwa (Hirohito), en mettant en place une dictature militaire et en nationalisant les Zaibatsu, ce qui aurait fait du japon de facto un état totalitaire.

 La victoire des Tōseihistes (1936-1945)

Mais le coup d’état des Kōdōhistes en 1936, bien que menant à l’assassinat de plusieurs ministres, ne remporte pas le soutien de l’empereur, ce qui mène à son échec. La répression contre les Kōdōhistes, et surtout le début de la seconde guerre Sino-Japonaise en 1937 donne aux Tōseihistes une situation qui leur permet de s’emparer du pouvoir avec le soutien : de L’empereur, de l’armée et de la Marine, des Zaibatsu, ainsi que de la population. 

Hideki Tōjō, le général devenu ministre.

C’est après quelques derniers ministres civils qui essayent de coopérer sans succès avec les militaires qu’ Hideki Tōjō, général Tōseihiste est nommé premier ministre par l’empereur en 1941. Il est alors le chef de l’organisme répressif de la Kempeitai. Il va alors soutenir l’amirauté Japonaise qui prône la nécessité de guerre éclair avec les Etats-Unis pour pouvoir se procurer sans menaces occidentales les ressources naturelles du Pacifique, ainsi que « libérer » l’Asie de la domination occidentale, en créant la sphère de coprospérité d’Asie de l’Est. Celle-ci est en réalité un plan de domination raciale et économique de l’empire du japon sur toutes les nations environnantes. 

  Hideki Tojo.

 

Qu’est-ce qu’un régime totalitaire ?

Le totalitarisme est un régime ou système politique qui n’admet aucune opposition organisée et exerçant une mainmise sur l’Etat et la totalité des activité publiques, privées et intimes de la société. Un tel système restreint les relations des individus au seul État. Il exerce ainsi un degré extrêmement élevé de contrôle sur la vie publique et privée. Dans les États totalitaires, le pouvoir politique est souvent détenu par des autocrates qui utilisent des campagnes globales dans lesquelles la propagande est diffusée par les médias de masse contrôlés par l’État. Les caractéristiques habituellement retenues pour définir le totalitarisme sont d’une part un monopole idéologique, c’est-à-dire la conception d’une vérité qui ne supporte aucun doute, ne tolère aucune critique, est imposée à tous et se trouve orientée par la lutte contre les ennemis du régime, et d’autre part un parti unique qui contrôle cette idéologie et la totalité de l’appareil étatique, c’est-à-dire dispose de l’ensemble des moyens de communication de masse utilisés comme des instruments de propagande et crée des structures d’embrigadement de chaque catégorie de la société. 

Le culte de la personnalité et la violence d’état. 

Le parti unique lui-même est idéalement sous le contrôle de son chef charismatique, autour duquel est formé un culte de la personnalité , faisant de lui plus qu’un simple dictateur, un guide pour son peuple, lui seul en connaissant les véritables aspirations. Le parti dispose également du monopole de la force armée, un système à la fois policier qui a recours à la terreur avec par exemple un réseau omniprésent d’agents dormants et de surveillance des individus, basé sur la suspicion, la dénonciation et la délation . Ainsi, ces systèmes ont systématiquement recours à l’emprisonnement, la torture et l’élimination physique des opposants ou personnes soupçonnées de l’être, et à la déportation des groupes de citoyens jugés « suspects », « inutiles » ou « nuisibles ».

Officiers de la Kempeitai

Le Japon de Tōjō : un totalitarisme imparfait.

Le gouvernement Tōjō de l’ère Shōwa rempli de nombreux critères, telle que l’abnégation de l’état de droit et la recrudescence d’une violence étatique, infligée par des systèmes répressifs, la Tokko et la Kempeitai. Mais c’est surtout le culte de la personnalité de l’empereur qui est présent à tous les niveaux de vie. Les enfants sont éduqués dans le respect de la personnalité impériale, la valorisation du sacrifice est inculquée dans les écoles, l’armée est respectée et vénérée, la religion d’état, le Shintoïsme, fait de l’empereur un Arahitogami, un dieu (kami) vivant. L’idéologie étatique militaire, expansionniste et raciste est soutenue par le peuple, et état et l’église ne sont pas séparés, ce qui veut dire que l’influence de l’empereur est donc aussi religieuse qu’idéologique : sa personne est sacrée. Il n’y a pas de parti unique, mais il y a une répression de tout mouvement politique qui ne respecte pas les vues du pouvoir militaire. 

Empereur Hirohito en tenue formelle

 

Un autoritarisme impérial plutôt qu’un totalitarisme moderne.

Bien donc qu’il n’y ait aucun équivalent Japonais au NSDAP ou au PNF, l’appareil idéologique est tout aussi contraignant, centré sur la fidélité absolue à l’empereur et la pureté du Kokutai. La véritable différence avec les totalitarismes européens est tout d’abord le fait que la personne à laquelle est dévouée un culte de la personnalité n’est pas l’autocrate au pouvoir, il ne représente dans l’autoritarisme japonais qu’un symbole, là où le ministre gouverne le pays. De plus, là où les totalitarismes européens forment une véritable rupture avec l’histoire du pays, l’autoritarisme est plutôt une continuité du pouvoir Impérial, avec une répression plus marquée. Malgré la volonté de Tōjō de créer un état « qui contrôle de manière Monolithique tous les aspects de la nation dans les sphères politiques, sociales et économiques » ce qui s’apparente directement à un totalitarisme, la vision du premier ministre n’aura jamais le temps de totalement s’appliquer. 

 

Sous le gouvernement Tōjō, les opposants politiques, réels ou supposés, sont systématiquement arrêtés, torturés et exécutés, par la Tōkkō et la Kempeitai, voire l’armée. Les populations civiles des territoires conquis subissent massacres, viols et travaux forcés, dont de nombreux sont aujourd’hui considérés crimes contre l’humanité L’estimé des victimes étrangères de cet appareil répressif et raciste est estimé entre 10 et 14 millions de morts.

 

    Signature du traité tripartite de l’axe à Berlin, 27 septembre 1940

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