Je ne sais si l’on aime, si l’on vit pour mourir,
Si le monde est réel et la mort incertaine.
Mais mon coeur m’a poussé brusquement à t’écrire,
Et blâmer tous les cieux de nourrir tant de haine !
J’ai pourtant essayé de t’aimer de nouveau,
Sans penser aux douleurs que tu m’as infligées.
Mais l’amour serait donc ma blessure au couteau,
Un cadeau que la vie m’a offert sans compter ?
Et jamais je ne peux te le dire tout bas,
Car c’est dans le silence que je veux déclamer :
Un “je t’aime” par-ci, un “je t’aime” par-là,
Mais cela suffit-il à si bien te calmer ?
Les cris volent en éclats, et les vases se brisent,
Et plus rien n’a de poids pour calmer tes ardeurs.
Mais mon corps et ma voix sont donc sous ton emprise,
Implorant la justice, dénonçant mon malheur.
Puis le calme revient, le silence est fait roi,
Mais je n’ai pas le droit de souffrir juste assez
Pour t’aimer dans le son mélodieux de ta voix
Ironique et blessante à un point dépassé.
Mais c’est dans le silence que les mots sont plus beaux,
Car ils perdent alors tout leur sens initial.
Un “je t’aime” se confond avec trois autres mots
Dont le sens qui varie peut bien m’être fatal.
Safa Filali, T5


