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Derrière les clichés, la vraie voix du peuple Diné

Souvent cantonnée à des stéréotypes véhiculés par le cinéma et la littérature occidentale, la culture Diné reste largement méconnue. Dans la nation Navajo, Dorothy, aussi appelée Asdzáá bikéé’ jooli, raconte comment les Diné, “le peuple”, perpétuent leur langue, leurs traditions et leur vision du monde.

La Nation Navajo, territoire semi-autonome à cheval sur l’Utah, l’Arizona et le Nouveau-Mexique, abrite plus de cent cinquante mille natifs américains, le peuple Diné. Elle possède son gouvernement, son système juridique, et sa police. Sa fondation remonte à 1868, à la signature du traité de Bosque Redondo avec les États-Unis, qui reconnaît la nation Navajo comme une nation souveraine, mais la place sous tutelle américaine.

 

L’image que l’on se fait des Diné, ou Navajos, et de leur culture en France est souvent basée sur leur représentation dans des westerns américains tels que La chevauchée fantastique (1939), réalisé par John Ford. Une vision réductrice, ou l’« indien » est l’ennemi stéréotypé.

Paradoxe a pu interroger une femme Diné, Dorothy, surnommée Asdzáá bikéé’ jooli, ce qui signifie en Diné « femme aux pieds ronds », sur la culture Diné et sa représentation.

Paradoxe : Comment vous désignez-vous et que pensez-vous du nom “Navajo” ?

Dorothy : Nous disons que nous sommes le peuple de la Terre-Mère. Quand on dit Diné, c’est nous, les Navajos. C’est ainsi que nous nous appelons. […] Le nom Navajo nous a été imposé par les colons espagnols. Il signifie “champs de culture”, en référence aux terres où nous vivions.

« Dans les films, […] ce n’est pas la vraie culture Diné »

Paradoxe : Que pensez-vous de la manière dont la culture Diné est représentée dans les films et les médias ?

Dorothy : Dans les films, ce sont les personnes caucasiennes qui sont les réalisateurs. Et c’est leur vision qu’ils mettent dans les films. Ce n’est pas la vraie culture Diné. […] À chaque fois qu’ils font un film, c’est selon le point de vue du réalisateur, et ils ne disent pas la vérité. Ils essaient de parler Diné, mais ce n’est pas du Diné. Ils font semblant […], juste pour impressionner les spectateurs. 

Les livres d’histoire ne disent pas la vérité non plus parce qu’ils sont écrits selon le point de vue des auteurs. Et ils ne sont pas de notre peuple, ils n’ont jamais vécu ou expérimenté notre vie de Diné, notre mode de vie.

 

Paradoxe : Comment transmettez-vous les traditions et la langue Diné ?

Dorothy : Nous ne voulons pas perdre notre langue, ni […] notre culture. Nous restons fidèles aux quatre clans Diné [ndlr : les Kinyaa’áanii, les Honágháahnii, les Tódich’ii’nii, et les Hashtł’ishnii] pour protéger notre lignée. Nos savoirs sont transmis de génération en génération à l’oral, et nous comptons sur notre mémoire au lieu d’écrire dans des livres que l’on range quelque part en pensant que les savoirs sont en sécurité et que l’on n’a plus besoin de les apprendre.

 

Paradoxe : Y a-t-il aujourd’hui des voix Diné qui écrivent ou documentent votre culture ?

Dorothy : Même si on dit que tout est oral, il y a aussi des Diné qui écrivent des livres pour que les gens comprennent la culture telle qu’on la vit, et non à travers les yeux de personnes qui ne sont pas Diné. J’ai moi-même écrit certaines des choses principales que mon père disait, en tant que médecin traditionnel.

Paradoxe : Comment conciliez-vous la préservation des traditions avec la participation à la société moderne ?

Dorothy : La plupart des Diné parlent anglais et participent à l’économie américaine, mais ils ont aussi conservé leur propre langue, leurs coutumes et leur religion. Quand on voyage à travers les terres Diné, il n’est pas rare de voir des hogans [ndlr : Habitations traditionnelles Diné] traditionnels, parfois à côté de maisons modernes, ou des bergers à cheval gardant leurs troupeaux sur les grandes plaines. La fabrication artisanale de bijoux et de tapis pour les collectionneurs et les touristes reste aujourd’hui une industrie importante.

 

« [Nous voulons] enseigner à notre manière, […] parler notre propre langue et […] vivre notre propre culture »

Paradoxe : Que souhaiteriez-vous que les personnes extérieures à votre culture comprennent sur les Diné aujourd’hui ?

Dorothy : [Nous voulons] prouver aux gens du monde entier qu’il est possible d’enseigner à notre manière, de parler notre propre langue et de vivre notre culture […] tout en survivant dans ce monde. J’étais moi-même enseignante bilingue avant. J’ai enseigné à 12 enfants, de la crèche à leurs 12 ans, en anglais et en Diné. Je leur ai appris le mode de vie traditionnel Diné. Maintenant, ils sont tous d’excellents professeurs, avocats et médecins. […] J’ai prouvé qu’en leur enseignant ainsi, ils pouvaient réussir.

 

Hugo Chazarain, P4

 

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